Au Québec, désinvestissons des énergies fossiles

Baisse du rendement des énergies fossiles

entEn 2012 et 2013, la Caisse remarque que le portefeuille Actions canadiennes a moins bien performé que les autres portefeuilles (Actions américaines et Actions mondiales), lesquels sont beaucoup moins axés sur les énergies fossiles . Plus précisément, en 2012, les actions canadiennes de la Caisse offraient un rendement de 7.7% pendant que les rendements des actions américaines et mondiales atteignaient 13.6 et 13.4 % respectivement. La Caisse fait ce commentaire sur le rendement inférieur des actions canadiennes :

« Cela s’explique principalement par la forte proportion d’entreprises des secteurs des matériaux et de l’énergie, deux secteurs qui ont connu une performance inférieure ».

 

Pourquoi cette baisse?

 

1) L’épuisement du pétrole conventionnel

En 2005, un phénomène important est survenu. La production de pétrole conventionnel – dont le coût d’extraction et de raffinage est relativement faible – a commencé à décliner. Les nouveaux gisements se sont faits plus rares et il en coûte de plus en plus cher pour arriver à les exploiter (ex: plateforme de forage en eau profonde).  De nouvelles formes de production de pétrole sont apparues et celles-ci sont également plus dispendieuses à extraire et à raffiner: sables bitumineux et pétrole de schiste.

Entre 2000 et 2013, les plus grandes compagnies pétrolières (British Gas Group, British Petrolum, Conoco Philips, Chevron, ENI, Exxon, Occidental Petroleum, Petrobras, Shell, Statoil, Total) ont quintuplé les sommes dépensées  (le  CAPEX ou Contingency and Operational Procurement Exhibition) simplement pour maintenir leur production. Selon les chiffres de l’agence Bloomberg, le CAPEX de ces compagnies est en effet passé d’un investissement annuel de 50 milliards en 2000 à celui de 262 milliards en 2012. Pendant ce temps, la production stagnait en passant de 13.8 à 14 mbpj (million de barils par jour).Crude-oil-production-and-Capex

L’impact sur le dividende été direct. Prenons pour exemple la compagnie Shell qui a dû à la fin de l’année 2013 liquider des actifs pour arriver à livrer le dividende auquel s’attendent ses actionnaires.

 

2) Limites des nouvelles sources d’approvisionnement

En 2012, 93% du pétrole consommé sur terre l’était par des sources conventionnelles. La production non-conventionnelle (sables bitumineux et pétrole de schiste) ne peut pas être augmentée suffisamment rapidement pour compenser la perte de production qui surviendra au niveau du pétrole conventionnel.

Quand au gaz et au pétrole de schiste, les meilleurs sites ont déjà été exploités et on découvre qu’ils ne sont pas aussi rentables qu’on ne l’avait espéré. Là aussi, les grandes pétrolières abandonnent les projets. Shell annonçait ainsi en mars 2014 réduire ses investissements de 20% dans les shales des États-Unis. L’Institut de recherche et d’information socio-économique (IRIS) faisait remarquer de son côté que Pétrolia a été incapable de s’associer à des compagnies d’envergure internationale pour exploiter le pétrole de Schiste sur Anticosti.

3) L’ajustement de la demande

Un autre facteur est apparu. Depuis 2000, contrairement à ce qui était attendu, il n’y a pas eu de hausse significative de la demande associée à l’augmentation du PIB et l’augmentation du parc automobile (dans les pays émergeants). On remarque plutôt une baisse de la consommation aux États-Unis et en Europe, laquelle est associée aux mesures abaissant la consommation des véhicules et à l’augmentation de l’efficacité énergétique. Le résultat est que la production de pétrole, laquelle a été relativement stable, a été accompagnée d’un déplacement de la consommation des marchés développés vers les marchés émergeants.

Ceci fait dire à plusieurs que nous sommes entrés dans un système où il y  a ajustement de la demande comparativement à un système où l’offre suit la demande. Le principal élément expliquant cet ajustement de la demande serait que les consommateurs (particuliers et industriels) se tournent vers d’autres formes d’énergies ou décide d’économiser l’énergie lorsque le prix d’une matière dépasse un certain seuil. La baisse répétée du prix des énergies renouvelables et les mesures gouvernementales mises en place – notamment en Europe et dans certains états américains – n’ont fait qu’appuyer cette nouvelle tendance.

Cette stagnation de la demande a eu pour effet de limiter la hausse du prix du brut qui demeure tout juste au dessus de 100$ le baril depuis plusieurs années. Or, au quatrième trimestre de 2013, la moitié des grandes compagnies pétrolières ne pouvait arriver à être rentables que si le prix du baril de pétrole atteignait 120$ le baril. Dans ce contexte, on apprenait dernièrement que des projets importants d’extraction de pétrole étaient abandonnés.

Un avenir sombre pour le pétrole

Le tableau actuel est simple, pendant que l’économie présentait une croissance accélérée dans les pays émergeants et une croissance faible dans les pays développés, le pétrole et les autres formes d’énergies fossiles n’ont pas été significativement plus en demande. Le prix du pétrole est demeuré stable pendant que les coûts d’exploitation ont monté en flèche, ce qui explique les difficultés rencontrées par les compagnies pétrolières pour livrer leur dividende.

L’option actuelle que semble prendre les pétrolière est d’abandonner des projets trop dispendieux et de se centrer sur les projets les plus rentables. Cette situation entraîne une baisse des dépenses, ce qui améliore à court terme la rentabilité de ces compagnies. Mais qu’arrivera-t-il si la production de pétrole baisse faute d’exploration des gisements plus dispendieux et que le marché continue de l’abandonner au-dessus d’un certain seuil de prix?